dimanche 18 novembre 2012

Trois f(r)ictions

Trois long-métrages sortis en 2011 et 2012 sont, sous des apparences de "petits films" (lire : films à petits budgets), des fictions sans nul doute importantes, en cela qu'elles sont à la fois témoins de leur époque, qu'elles portent un regard affûté sur le monde et la modernité, et qu'elles le font avec gravité et légèreté, rigueur et liberté. Ces films qui marchent avec autant de bonheur sur la ligne de crête de l'oxymore méritent d'être vus, s'ils passent encore en salle ou sur le petit écran, ou revus, pour peu qu'on puisse les trouver en DVD. Il s'agit de : Mammuth de Gustave Kervern et Benoît Delépine ; La Vierge, les Coptes et Moi de Namir Abdel Messeeh ; et In another Country de Hong Sang-Soo.

Quelques points communs à ces films :
- une quête : le film est bâti autour de la recherche, par leur héros ou leur héroïne, d'un objet aussi primordial que dérisoire (un phare pour le personnage d'Isabelle Huppert dans In another Country, des témoins ayant vus une apparition de la Vierge pour le film de de Namir Abdel Messeeh et... des relevés de points retraite pour Serge, le personnage incarné par Gérard Depardieu dans Mammuth) ;
- des obstacles : ces quêtes respectives se heurtent à un certain nombre de difficultés, qui font le piment du film en nous donnant à visiter une galerie de personnages hauts en couleurs : les témoignages, en Egypte, ne concordent pas tous quant aux apparitions, les anciens employeurs de Serge sont morts ou de mauvaise volonté pour retrouver les fiches de paye, le personnage d'Isabelle Huppert se laisse dévier de sa quête par un maître nageur qui semble préférer lui faire visiter sa tente plutôt que le phare ;
- une distance : il y a toujours un lieu lointain qui intervient en adjuvant ou en opposant à la quête du personnage principal : dans le cas des films de Hong Sang-Soo et Namir Abdel Messeeh, il s'agit du réalisateur qui retarde son arrivée de Séoul pour le premier, du producteur parisien qui veut éviter les dépassements de budget pour le second. Les discussions téléphoniques sont autant de bâtons dans les roues, d'obstacles supplémentaires à la quête des héros. Dans Mammuth, la discussion téléphonique entre Serge et Cathy est assez minimaliste, et tendra carrément vers le zéro absolu quand Serge se fera dépouiller de son portable.
- une étrangeté : le personnage est à la fois familier et étranger au monde dans lequel prend corps sa quête : si Isabelle Huppert est vraiment l'Etrangère (le titre du film sud-coréen semble mettre la priorité sur l'altérité des cultures ; les incompréhensions linguistiques sont l'un des ressorts dramatico-comiques du film),  le cinéaste incarné dans son propre film par Namir Abdel Messeeh est à la fois d'ici et d'ailleurs. Quant à Mammuth, il tendrait à montrer que ce ne sont pas les protagonistes qui ont changé... mais le monde qui leur est devenu étrange (ou étranger).
- un décloisonnement : les clivages traditionnels du genre "long-métrage" s'estompent : entre documentaire et fiction, entre acteurs professionnels et acteurs amateurs, entre tresse narrative et "film à sketches", les réalisateurs ont eu à coeur de redistribuer les cartes, apportant une fraîcheur et une fantaisie bienvenues.

On pourrait s'amuser à trouver d'autres points communs : références au cinéma, présence du vedettariat, cinéma dans le cinéma, rôle de la famille, de la religion, cadrage et apparition... Il apparaît que ces multiples lignes de force permettent à ces trois fictions qui, toutes, se situent dans des pays où la Grande Histoire bat du tambour ("printemps arabe" pour  La Vierge, les Coptes et Moi, partition des deux Corée et menace nord-coréenne pour In another Country, crise économique européenne pour Mammuth), d'apporter un autre regard, une musique neuve, qui mine de rien, par la marge, en disent aussi long (voire plus) que n'importe quel reportage sur le sujet, avec les armes oh combien subversives de la fantaisie, de l'humour, de l'absurde : autant de frictions dans une production cinématographique internationale de plus en plus formatée, lisse et convenue. On n'oubliera pas de sitôt ni la silhouette hallucinée de Gérard Depardieu en Belle des Champs pétaradante, ni Isabelle Huppert bêlant sur une digue du bout du monde pour tenter de communiquer avec un couple de chèvres, ni le regard désemparé de Namir Abdel Messeeh, en Emmanuel Mouret au pays de Chahine.

vendredi 12 octobre 2012

Sur la voie verte, le long de la Meuse


Un projet de la compagnie champenoise Le Facteur Théâtre, initié par Didier Lelong : des auteurs écrivent sur l'ancien chemin de halage qui relie Charleville à Givet, dans les Ardennes... Premiers pas sur la voie verte, du 1er au 5 octobre 2012, en compagnie de Natacha de Pontcharra, Emmanuel Schaeffer et Alberto Lombardo.
Premières découvertes, premiers tâtonnements d'écriture...

Prochain rendez-vous : lecture d'extraits lors de la manifestation L'Ete en Automne, le 1er décembre 2012... Puis l'écriture progressive et collective, saison après saison, d'une pièce pour un spectacle qui se jouera le long de la Meuse.

Premier jour, premières lignes d'un premier texte :
"Si vous passez sur la voie verte, à l’endroit où nous étions hier, entre Nouzonville et Joigny (mais passe-t-on deux fois au même endroit, sur ces berges ? Se baigne-t-on deux fois dans le même fleuve ?), pourriez-vous regarder si vous ne trouvez pas, au sol ou sur un banc, le carnet sur lequel j’avais pris quelques notes, et que je ne retrouve plus ?


Un petit carnet blanc, si petit qu’il tomba de ma poche sans que je m’en rendisse compte, si léger que je ne l’entendis pas tomber, si discret que je doute que vous le trouviez (trouvassiez ?), entre deux roseaux, derrière une borne ou une barrière, perdu déjà dans l’entrelacs des rives.

Ce que j’avais noté sur mon carnet, tenter de m’en souvenir. Il me revient des mots, des expressions, liste à la manière d’un pense-bête :
Promo de la semaine : cyclamen extra, amaryllis en pot. (Devanture de fleuriste à Nouzonville). Ce sont d’abord les mots des panneaux, des pancartes, que j’ai notés, les mots écrits dans le paysage, ainsi ceux de l’usine « Bertin Mandal », et en-dessous quelques caractères à demi effacés qui formèrent, il y a long, le mot bateliers. Et sans doute aurais-je dû commencer par le mot de Malheur qui me revient maintenant, aperçu sur un set de table au café de la gare, ce matin, entre les tasses et les sous-bocks, marque de bière à ce qu’a dit la patronne, et ces mots qui résonnèrent un instant dans ma tête : «Patronne : une Malheur !», tandis qu’au comptoir, ça écluse.

Plus loin : Manœuvres interdites en l’absence d’homme-trafic. Dans Nouzonville, toujours.

Homme-trafic, ça me plaît bien, on imagine un éclusier, peut-être en verrons-nous un le long de la voie verte, à moins que ce ne soit nous, les hommes-trafic, c’est quoi le trafic, ici, trafic fluvial sur voie navigable, qu’est-ce qu’on trafique, à 5 kilomètres de la frontière (et le panneau Belgique entraperçu dans Gespunsart, tantôt, rare de voir écrit un pays à la manière d’une ville), ça trafique forcément, alors que le tabac, aujourd’hui justement, a encore augmenté d’une dizaine de pourcents".

(A suivre.../...). Lecture publique le samedi 1er décembre à 18h à la salle des fêtes de Gespunsart (08) dans le cadre de "L'Ete en Automne".


lundi 17 septembre 2012

Tobie par la compagnie La Marotte

Bande-annonce de Tobie, spectacle monté en mars 2012 par Sabine Pernette, assistée d'Arnaud Garnier, avec Francis Scuiller et Axel Bry. Compagnie La Marotte



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jeudi 23 août 2012

Une maison


La Maison de Mathieu Mercier, MAMCS

"De la maison, la voyant partagée par l’arête du toit, tu remarques au passage qu’elle n'a pas de gouttière. La partagent en son milieu - barre, biffure - le trait rouge et l’absence de-dite gouttière. La porte aussi : barrée en son milieu. La fenêtre également, verticalement - en son milieu toujours. Le calcul est vite fait : hauteur + profondeur sur racine carrée de largeur à la puissance epsilon égale le nombre d'or ou peu s'en faut.

Derrière la fenêtre, tu vois par transparence une autre fenêtre, qui donne sur un mur jaune. Tu vois aussi trois femmes nues par réflexion, une autre oeuvre du musée sans doute, réflexion du moderne sur le contemporain, et ça donnerait une sorte de vitrail cubiste ("Tache jaune avec trois Grâces" ?) : une maison rouge et jaune, fantaisiste, presque, une maison de vacances ; une maison rouge et or, comme la maison d’édition des livres d’enfance. Une résidence très secondaire.

Ton regard vole jusqu’à l’angle du garage, attiré par une tache de soleil qui caresse le crépi et semble avoir bougé. Le gardien te regarde, se lève, un homme te prend en photo, tu te demandes si ce ne serait pas Claude Lelouch, si ce n’est lui c’est donc son frère, arrête, reviens plutôt à la tache rouge du toit, aux tuiles rouges du pavillon : l’intimité d’un vélux capte ton regard, l’ombre profonde des combles exaspère ton attente, d’autres ombres, d’autres parties grisées dans les renfoncements des fenêtres, des portes, une ombre qui bouge avec le passage des nuages devant le soleil.

Ces arêtes, ces encadrements d’ouvertures, voilà que tu les suis ; quelqu'un a parlé d’ouvertures ? Il n’y a pas de poignées aux portes. Ici, on n’entre pas. Le pas de porte est un peu surélevé, tu passerais la porte tu pourrais trébucher, mais nul risque, nulle chance : personne n’entrera. Que te faudra-t-il faire ? Casser le vitrail d’un coup d’épaules, faire le tour de la pagode pour te perdre dans l’immensité jaune d'oeuf, attendre devant la porte, trempé par une pluie espérée, pluie que nulle gouttière n’arrêtera, tombant comme un rideau du faîte jusqu’au seuil où tu te tiens, toi ou le gardien c'est du pareil au même, dévalant entre les tuiles - arrête.

Le photographe est passé derrière la maison, il a annulé la vérité du vitrail le temps de sa traversée dans l’image : voilà que la fenêtre n’est plus un vitrail, que le pavillon n’est pas une église, que les proportions n’ont jamais rien eu à voir avec le nombre d’or. La maison est une maison close, y vivent trois Grâces modernes et éphémères derrière le vélux d'une banlieue ordinaire. « Le pavillon dort », dit Claude Lelouch en fermant les volets : c'est décidé, tu restes."

Laurent Contamin, texte écrit en regard de La Maison, de Mathieu Mercier : atelier d'écriture au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg

mercredi 27 juin 2012

La Tribu du Sujet

Retour d'Agamemnon, Cassandra au fond.
(c) François Louchet
La Tribu du Sujet a proposé cette saison Une petite Orestie, joué par des jeunes du collège Alphonse Allais de Honfleur, sous la direction de Lorena Felei, Marion Bouquinet et Stéphanie Fagour.
Toutes les photos sont signées François Louchet :
Le choeur. (c) François Louchet

Le choeur. (c) François Louchet


Clytemnestre(s), Agamemnon, Electre. (c) François Louchet

Egisthe. (c) François Louchet
Meutre d'Agamemnon par Clytemnestre.
(c) François Louchet





















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mardi 12 juin 2012

Troisième période de résidence à Bellac

Troisième et dernière période de ma résidence d'écriture à Bellac et en Haut-Limousin, au printemps celle-ci, et qui est celle de l'écriture proprement dite, maintenant que les contacts sont pris (première période) et que les bases documentaires sont "à flot" (deuxième période).

Peu à peu se dessine une pièce à quatre personnages, L'Eclaircie, qui se nourrit des différentes visites que je continue de faire : Montrol-Sénard et sa "nostalgie rurale", Poitiers et son musée des Beaux-Arts, les monts de Blond où je retourne plusieurs fois, la vallée de la Creuse avec notamment Crozant et l'arboretum de la Sédelle, Villefavard, La Courcelle, Saint-Amand Magnazeix et Rancon où j'admire les lanternes des morts, Saint Léonard de Noblat, Peyrat le Chateau et son musée de la Résistance dédié à Georges Guingouin, Vassivière et les monts d'Ambazac... La Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges m'est un précieux apport documentaire grâce à son "fonds régional".

Mon approche du fantastique est certainement marqué par le "cool dating" autour du Palais des Rêves d'Ismaïl Kadare, mis en espace et en voix par Stéphane Aucante, et qui contribue à donner à ma pièce une touche politique. Giraudoux est également présent, d'une part parce qu'il m'arrive de prendre mes quartiers d'écriture dans sa maison natale (merci à la mairie de Bellac et à l'Académie Jean Giraudoux de m'en avoir permis l'accès), d'autre part parce qu'une lecture croisée y a pris place, faisant se rencontrer nos écritures. Des collectages continuent de se faire, grâce à l'entremise efficace du Théâtre du Cloître, avec Mme Dupré-Zakarian qui me partage sa passion des arbres et des forêts en Limousin, M. Fredonnet et M. Lenoble qui évoquent avec moi leurs souvenirs de la Libération, Mme Chabroux, incollable sur les ostensions, qu'elles soient du Dorat ou de Saint-Junien... A l'arrivée, L'Eclaircie, donc, une fantaisie dramatique, fortement imprégnée tout à la fois de l'Histoire locale et des contes et légendes du territoire, qui résonne avec quelques personnages et textes de Giraudoux (notamment Intermezzo, dont elle est une sorte de double inversé) et qui, à sa manière, peut être apparentée à la veine du théâtre fantastique.

Merci au Centre National du Livre, à la Maison des Ecrivains et de la Littérature, au Théâtre du Cloître, qui ont permis l'écriture de L'Eclaircie par le biais de cette résidence, ainsi qu'à tous les gens qui m'ont accueilli et donné de leur temps pour... m'éclairer.
Une lecture publique de la pièce sera donnée le dimanche 8 juillet à 14h30 au Théâtre du Cloître (sous le cèdre du viaduc) dans le cadre du Festival National de Bellac.

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jeudi 31 mai 2012

A Bellac, croisant Jean Giraudoux...

Début juin, à la maison natale de Jean Giraudoux, rue Jean Jaurès à Bellac (Haute-Vienne), dans le cadre de ma résidence d'écriture au Théâtre du Cloître, je propose une lecture croisée de 4 extraits d'oeuvres de l'auteur limousin avec les miennes :
- Le Cantique des Cantiques avec Tobie, tout d'abord : même origine biblique des textes matriciels, même thématique (l'amour), même distribution de la geste amoureuse autour non pas d'un duo comme on pourrait s'y attendre, mais d'un trio de personnages ;
- Electre avec Une petite Orestie : même source, L'Orestie d'Eschyle. J'ai choisi, dans ces deux pièces adaptées du texte grec, la scène de retrouvailles entre Electre et Oreste ;
- Supplément au Voyage de Cook et Lisolo : on est, là, sur une situation de jeu commune dans les deux extraits choisis : un Blanc arrive en rivage inconnu, exotique, étranger ;
- Enfin, ma dernière pièce, écrite durant cette résidence (et dont le nom est dévoilé au public à l'occasion de cette lecture croisée : il s'agit de L'Eclaircie), avec Intermezzo, pièce avec laquelle elle entre en résonance, notamment par le lieu où les deux pièces prennent place (la ville de Bellac, les monts de Blond), et par l'évocation, dès leurs premières scènes respectives, de la mandragore.

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jeudi 17 mai 2012

Le Palais des Rêves

Mardi 29 mai 2012 à 19h15, au Théâtre du Cloître de Bellac, je participerai à une lecture mise en espace, par Stéphane Aucante, d'extraits du Palais des Rêves, le roman d'Ismaïl Kadaré qui a été choisi par le comité de lecture (parmi la quinzaine de romans fantastiques des vingtième et vingt-et-unième siècles proposée)*.

C'est une oeuvre qui m'a permis de mieux appréhender la thématique du fantastique, sur laquelle je travaille cette année, en comprenant que le fantastique n'est jamais aussi pertinent que lorsque, loin de se limiter à une imagerie et à un schéma narratif un peu convenus - soit qu'il penche du côté de la science-fiction, soit du côté de la nécromancie - il est au service d'un propos qui l'excède : métaphysique (et dans la liste des livres proposés à la lecture, je pense à des oeuvres comme L'Homme qui rétrécit, de Richard Matheson, au Compagnon secret de Joseph Konrad ou aux Cahiers de Malte-Laurids Brigge de Rainer-Maria Rilke) ou politique.

Dans le cas de Kadaré, bien sûr, c'est de politique qu'il est question, avec cette vision onirique et tragique de la bureaucratie (Kafka n'est pas loin) dont Kadaré, on le sait, a fait les frais sous l'ancien régime albanais, et dont le labyrinthe aux ressorts toujours plus irrationnels trouve dans ce palais où l'on trie les rêves de la nation une parabole d'une richesse et d'une justesse magnifiques.

C'est intéressant que Stéphane Aucante ait choisi le lieu même du théâtre pour proposer au public ce parcours dans l'oeuvre : un théâtre n'est-il pas, à sa manière, un "palais des rêves" ? Oui, mais dans un sens inverse que celui proposé par Kadaré : là où ce dernier fait jouer au Tabir Sarrail un rôle de confiscateur et de manipulateur paranoïaque des aspirations humaines, un lieu culturel comme un théâtre se veut au contraire un catalyseur, un dispensiateur, un solliciteur, un producteur de rêves...

J'ai revu par hasard, ces jours derniers, Le Miroir, d'Andrei Tarkovski : là aussi (comme dans beaucoup d'autres de ses films), le fantastique affleure : mais c'est toujours accordé à un propos métaphysique (la mystérieuse présence de la nature avec le vent dans les herbes et les arbres, l'eau, le feu...) ou politique (la crainte de l'héroïne d'avoir fait une coquille dans son article de journal et qui court à l'imprimerie pour vérifier ; les images de l'exil, avec les républicains espagnols...).

Kadaré et Tarkovski ont eu à lutter, l'essentiel de leur vie de créateurs, avec les régimes en place. Sans doute le fantastique était-il la brèche par où ils pouvaient feinter la censure pour réussir à s'exprimer quand même.

* dans le cadre d'un partenariat Théâtre de Cloître de Bellac / Bibliothèque intercommunale du Haut-Limousin

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samedi 14 avril 2012

Des compagnons de la première heure

Cette photo*, prise le 12 avril 2012 à l'espace Kiron lors d'une représentation parisienne de Tobie mis en scène par Sabine Pernette, me touche beaucoup : on m'y voit entouré, de gauche à droite, des acteurs et/ou metteurs en scène Laurent Lederer, Olivier David, Lorena Felei, Sabine Pernette et Jean-Pierre Gryson. Bientôt vingt années auront passé depuis nos premières aventures théâtrales communes, et depuis ce temps nos chemins n'ont pas cessé de se croiser...

En effet, si j'ajoute les comédiennes Aline Blondeau et Delphine Lalizout à cette photo de famille et que je tente de respecter une chronologie approximative, je me rends compte que nous avons collaboré d'une manière ou d'une autre sur : Fragments de Murray Schisgal (1994), suivi de Britannicus de Racine, Jacko de John Mc Ardle, Quatre à Quatre de Michel Garneau, Aux Hommes de bonne Volonté et La Nature même du Continent de Jean-François Caron, Dans la Solitude des Champs de Coton de Bernard-Marie Koltès, André del Sarto de Musset, Juby d'après Saint-Exupéry, Roméo et Juliette de Shakespeare...

Et pour ce qui est de mes textes, entre Paris, le Val d'Oise, l'Alsace, la Normandie et la Maison de Radio-France : Dédicace, Et qu'on les asseye au Rang des Princes, La merveilleuse Epice de Tachawani, La Note blanche, Dix Peurs du Loup, Fêtards !, Le Jardin, Noces de Papier, Une petite Orestie, Lisolo, jusqu'à Tobie en 2012.

Sans vouloir jouer les anciens combattants, je trouve cette fidélité dans notre compagnonnage bien réjouissante !

* (c) François Louchet

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lundi 26 mars 2012

Tobie au Klosterwald

Visite de Laurent Contamin
Vendredi 10 février 2012, Laurent Contamin est venu pour nous parler de sa  pièce de théâtre intitulée Tobie*. Dans cette pièce, il réactualise une histoire de l’époque antique avec des personnages de notre époque.

Il a commencé comme acteur, puis il s’est mis à écrire. Grâce à ses explications, nous avons pu mieux comprendre et interpréter cette pièce. Il nous a présenté sont métier et nous a expliqué qu'il mettait des mois pour écrire ses pièces de théatre. Il fait aussi des pièces de théâtre sur commande.

Mr Contamin a beaucoup d'humour, et il était de bonne humeur ! Nous étions ravis de sa présence et il nous a proposé de passer, peut-être l'an prochain, à la radio ! Lors de l’enregistrement pour la bibliothèque sonore, Mr Contamin a joué le rôle d’un personnage parce qu’un membre du club était absent. Cette après-midi était intéressante car nous avons découvert le métier d’auteur. Merci Mr Contamin !


Note : une fois n'est pas coutume, cet article a été écrit entièrement par des collégiens : les élèves du collège Klosterwald de Villé (67)


* Lansman Ed.


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dimanche 11 mars 2012

Se lire

Depuis quelque temps, des compagnies de théâtre, des structures culturelles ou des bibliothèques me demandent de lire un parcours parmi des extraits de mes textes*, seul, ou dans le cadre du G5. A force de pratiquer cet exercice, j'en suis venu à me poser la question : est-ce si naturel pour un auteur de lire à voix haute sa propre écriture ?

D'un côté, on pourrait penser que oui. Après tout, il est à la source de ce qui est écrit, et donc s'il est une personne qui soit bien placée pour être ajustée à la matière écrite, c'est bien son auteur. Il connaît non seulement le texte, mais le sous-texte, les intentions, les impulsions, il sait où se niche l'humour, l'émotion, il connaît la mécanique de son écriture et maîtrise ses rythmes, etc. Il connaît la source. Comme le dit la sagesse populaire, on n'est jamais mieux servi que par soi-même. En outre, il a une connaissance exhaustive de son corpus et peut donc ajuster, là aussi, sa proposition en fonction de la demande : telle durée, tel public, tel contexte, telle thématique (quitte même, cerise sur le gâteau, à proposer quelques inédits).

Et pourtant, on pourrait aussi penser que l'auteur est la personne la moins bien placée pour prendre en charge sa parole. Cela m'a frappé, souvent, à l'écoute de "livres audio" dans lesquels l'auteur lit son oeuvre : il tombe souvent dans le piège du déclamé, il appuie tant sur la forme qu'elle en vient à cacher le sens - ou au contraire il s'esquive, il semble ne pas vouloir qu'on saisisse sa parole, il semble botter en touche en permanence, il n'ose pas se saisir des mots avec l'impunité qu'il faudrait parfois pourtant avoir... et on finit par se dire qu'un comédien ayant un regard neuf sur l'oeuvre, l'abordant non pas par l'intérieur, mais par l'extérieur, en toute liberté, donnerait à entendre plus, et mieux.
On en vient à se demander s'il n'y a pas quelque chose de contre-naturel, pour un auteur, à ré-investir une parole qui, d'une certaine manière, l'a dépassé lui-même, et dont il n'est, peut-être, non pas la source mais le passeur ; et qui, dans tous les cas, n'a pu s'écrire et se donner que dans un mouvement de dé-possession. A qui appartient la parole ? Peut-être à son auteur moins qu'à quiconque. Est-ce que vouloir remettre la main sur son écrit n'est pas aussi maladroit qu'un assassin qui reviendrait sur les lieux de son crime ? Peut-on se ré-approprier ce qui s'est fait dans le dé-saisissement ? Re-posséder ce qui n'est plus à soi ? Peut-on naître à nouveau ?

La vérité se situe sans doute entre ces deux assertions. Il me semble que, lisant à voix haute mes propres textes, je dois en fait me mettre dans un état d'esprit double :
- Dans le temps de la préparation, je suis en état de maîtrise : j'ajuste, en connaissance de cause, la proposition textuelle en fonction de la demande qui m'est faite.
- Dans le temps de la restitution publique par contre, j'essaye de me persuader que cette parole transcrite n'est pas la mienne. J'essaye de l'aborder par l'extérieur. Je ne suis plus l'auteur, mais un comédien.

C'est cette gymnastique à deux temps (à la fois je et un autre) qui me permet, je crois, d'être dans une démarche que j'espère la plus à même de donner à entendre mon écriture. On en revient, une fois de plus, à l'assertion rimbaldienne : "Je est un autre".

* 2011/12 : Montlignon (95) le 15/10, Chateauponsac (87) le 20/01, Reims (51) le 4/02, Strasbourg (67) le 8/02, Saint-Herblain (44) le 3/04, Nantes (44) le 4/04, Crest (26) le 12/05, Bellac (87) le 8/07...

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dimanche 5 février 2012

Deuxième période de résidence à Bellac

Janvier, je pose les fondations de la recherche thématique liée à ma résidence : c'est Robert Harrison et son essai sur l'imaginaire occidental lié aux forêts qui en est la pierre d'angle, ainsi que l'excellente revue Otrante dédiée au fantastique, et ses différents numéros consacrés au théâtre d'une part, aux forêts d'autre part. Différents contes, légendes et "diableries" de Haute-Vienne viennent replacer ma recherche dans le contexte local. Je ne peux également faire l'économie, Limousin oblige, de Christian Signol et de son dernier best-seller, Au Coeur des Forêts.
Mon projet, on le sent, s'éloigne peu à peu des pierres et des sources pour aller plutôt chercher l'imaginaire lié aux arbres et aux bois... A suivre.

En attendant, j'ai apprécié de rencontrer M. Léonard, à Cussac, qui m'a parlé de l'histoire de la forêt limousine, de son exploitation actuelle, des différentes essences d'arbres... Rencontre à nouveau d'Annette Lebreaud qui rappelle les Monts de Blond et leurs légendes à mon bon souvenir, puis de Nicole Gauthier dont l'érudition concernant tant l'Histoire de la fin du Moyen-Age que les différentes versions de l'histoire de la Mandragore à Bussière-Boffy ne semble pas connaître de limites.


Lecture à la bibliothèque de Chateauponsac autour de scènes liées au thème de... la rencontre, justement, dans mon corpus de textes ; séance de dédicace autour de mes dernières publications à la librairie Page et Plume de Limoges.

Rencontres enthousiasmantes, dans le cadre de la programmation du Théâtre du Cloître, des conteurs Yannick Jaulin et Florence Férin.

Divers ateliers et animations enfin : au lycée Jean Giraudoux et à l'atelier-théâtre de la ville de Bellac autour d'Une Petite Orestie, au collège de Saint-Sulpice les Feuilles et au lycée professionnel du Dorat pour un atelier d'écriture, au collège Louis Jouvet et au lycée professionnel des métiers de Bellac autour de Chambre Noire, à l'association Accueil des Villes de France autour de Tobie, avec le club des lecteurs de la bibliothèque municipale, enfin, pour dégager un premier choix d'oeuvres fantastiques.

Mon séjour se termine avec la visite très impressionnante du village martyr d'Oradour-sur-Glane sous la neige, le 1er février. Prochain rendez-vous : avril, pour démarrer l'écriture de ma pièce.

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jeudi 12 janvier 2012

Partage des Eaux : le choix d'un titre

Ma résidence au collège Jacques Monod de Beaumont-sur-Oise (95), de septembre 2010 à juin 2011, dans le cadre du programme de résidences d'auteurs du Conseil Régional d'Ile-de-France,  a donné lieu à un certain nombre de "productions", toutes inscrites dans le cadre thématique de l'Eau :
- un ACR (atelier de création radiophonique) pour France Culture, A Vau l'Eau, diffusé le 23 juin 2011 (et, je crois, encore podcastable - voir le site de la station) ;
- un spectacle donné à la Fondation Royaumont le 4 juin 2011, Voix d'Eau, montage à partir des écrits d'élèves de 4ème du collège mis en scène par Olivier David de la compagnie Fond de Scène d'Ermont ;
- ainsi que diverses lectures publiques, expositions, comité de lecture... au sein du collège et à la bibliothèque municipale.

Dernier fruit à mûrir aujourd'hui de cette expérience de dix mois en immersion, la publication de Partage des Eaux, aux éditions Eclats d'Encre, recueil de textes courts que j'ai écrits durant cette période.
Pourquoi ce titre ?

D'abord à cause de la polysémie et de l'ambiguïté du mot "partage" : la question du partage de l'eau en tant que ressource, que richesse, au niveau mondial est, on le sait, l'un des enjeux majeurs du siècle qui s'ouvre. Augmentation de la démographie, aggravation de la pollution, effets du réchauffement climatique... L'eau sera un bien... à se disputer... ou à se partager.

Mais dans "partage", on entend aussi frontière, différenciation, démarcation, comme dans l'expression "ligne de partage" (des eaux), eaux d'en-haut et eaux d'en-bas -partagées au deuxième jour de la Création. Et il n'est pas anodin que ce soit l'élément aqueux, précisément, qui, dans cette expression "partage des eaux", évoque à la fois une dispersion et un cloisonnement : ça se partage et ça départage à la fois. On sait bien, depuis Bachelard, la polyvalence des pouvoirs de l'eau.

Et ce double mouvement de dilution et de séparation, c'est aussi ce que j'ai vécu pendant le temps de ma résidence : laisser les temps d'écriture personnelle et les actions artistiques résonner ensemble, se nourrir les unes les autres, mais en même temps faire la part des choses.

Enfin, le titre se veut un clin d'oeil autant qu'un hommage pour une oeuvre qui me fut essentielle en son temps, en cela qu'elle décida pour beaucoup de l'orientation que prendrait ma route, vers le théâtre et l'écriture : Partage de Midi, de Paul Claudel, oeuvre du "mitan", pour son auteur.

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