jeudi 22 décembre 2011

jeudi 15 décembre 2011

Babel ma belle

Que nous dit précisément le mythe de la tour de Babel (Gen XI, 1-9) ?  Il faut lire le passionnant passage qui lui consacre Marie Balmary dans Le Sacrifice interdit, Freud et la Bible (Grasset, pages 71 à 100). Contrairement à l'interprétation qui en est souvent donnée (crainte du dieu d'être "rattrapé" par l'homme et qui, pour prévenir cette menace et entraver ce projet, impose une pluralité de langues qui fait tout capoter), Balmary pointe la liberté qui est donnée à l'homme, dès lors que le chantier s'arrête, de consacrer son histoire à autre chose qu'un projet névrotique (tous unis - tous les mêmes - pour devenir dieu), liberté recouvrée grâce à laquelle il va pouvoir s'inventer un destin qui lui soit propre. Et cette invention va de pair avec la fécondité que permet la pluralité des langages et la distance d'avec la complétude. (A ce sujet, elle cite Lacan au Congrès de Strasbourg : "Le manque me manque. Quand le manque manque à quelqu'un, il ne se sent pas bien") : la Tour de Babel, ce n'est pas la vengeance d'un dieu jaloux des potentialités et des désirs de sa créature, mais bien l'affranchissement, pour l'homme et par le don de l'altérité, de ses fantasmes de fusion et de pouvoir absolu.
Cette vision du mythe de Babel, j'ai eu envie d'en faire une pièce pour jeune public. Il me semblait que l'époque s'y prêtait d'ailleurs très bien, avec cette curieuse insistance du Politique, depuis 2007, à pointer l'"autre", quel qu'il soit, comme une soi-disant "menace" pour une prétendue "identité nationale". J'ai donc écrit Babel ma belle, d'abord sous forme de fiction radiophonique pour France Culture (réalisation : Juliette Heymann), puis en pièce de théâtre, éditée chez L'Agapante & Cie (tout public dès 8 ans). Je re-situe le mythe dans le contexte douloureux de l'émigration afghane, et place le personnage principal au centre d'un faisceau d'entraides pour construire son histoire.

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vendredi 9 décembre 2011

On n'en revient pas...

Entendu parfois, au sortir d'un spectacle, cette phrase censément critique : "Je (ne) suis pas rentré dedans...". Cette expression, très franchement, je ne la comprends pas.
Bien sûr, le spectateur est libre de pensée et d'expression, bien sûr je reconnais la subjectivité inhérente à la réception  d'un spectacle (des goûts et des couleurs...). Néanmoins, il ne me semble pas forcément inutile de relever l'inanité de cette expression : "Je (ne) suis pas rentré dedans..." concernant le spectacle vivant - expression qu'il serait bon qu'on n'entende plus dans les halls des théâtres à notre époque.
Sur la forme, d'abord : on ne dit pas "rentrer", on dit "entrer". Rentrer signifie en effet "entrer de nouveau". On devrait donc dire : "Je ne suis pas entré dedans". Si l'on veut pinailler, on pourra aussi remarquer la redondance du verbe et de l'adverbe : entrer dedans, c'est un peu comme "sortir dehors", "monter en haut" ou "descendre en bas". On préférera donc : "Je n'y suis pas entré".
Simple question de forme ? Certes. Mais cette phrase s'entend si souvent dans la bouche de gens de culture... Deux fautes de langage sur une phrase de (cinq) six mots, quand on se pique d'être un spectateur cultivé, éclairé, quand même, ça fait mal.
Plus ennuyeux : le fond. Car enfin : depuis quand "entre-t-on" dans une pièce de théâtre ? Qu'est-ce que ça veut dire : qu'on veut entrer sur scène ? On peut entrer dans la danse, oui (dans une boîte de nuit) ; on peut entrer dans l'eau, oui (dans une piscine ou l'océan) ; on peut entrer dans une maison, une fois passé le seuil ; dans un pays, passée la frontière... Mais "entrer dans un spectacle"... De quoi parle-t-on exactement : d'identification, de projection émotionnelle, à grandes louches de naturalisme, comme au temps d'Antoine ? Notre spectateur éclairé aurait-il cent vingt, cent cinquante ans de retard ? Par pitié, laissons le psychologisme aux sitcom, aux émissions de société et autres questions pour champions, soyons sérieux deux minutes, et envisageons le théâtre de notre siècle. Evitons le rétro-pédalage et résistons à la récession des mentalités qui est dans l'air du temps : il ne devrait plus jamais être question aujourd'hui au théâtre "d'entrer dedans". Ca ne devrait jamais être ça, le théâtre, aujourd'hui. Ce qu'il faudrait, quand on est au spectacle, c'est être en face, en confrontation, en dialogue avec la forme scénique. Est-ce que des artistes comme Blin, Vitez, Kantor, Mnouchkine, Brook ou, plus récemment, Gabily, les TgStan et consorts n'ont pas changé de manière indélébile notre manière d'être au théâtre ?
Désolé, ami spectateur, mais ils sont bel et bien finis, tes rêves d'intrusion, avec ce qu'ils recèlent de fantasmes de fusion, de désirs de pénétration scénique, de raptus exhibé - ça que tu exprimes maladroitement avec ton "Je (ne) suis pas rentré dedans...". C'est comme ça et il faudra t'y faire : aujourd'hui, on reste dehors. En face à face. Défense d'entrer. A la limite, l'extase (ek-stase, étymologiquement : se tenir hors), oui, si tu veux. Au mieux, la déroute... "Ce spectacle m'a dérouté" : ça, c'est bien. Etre perdu, ça s'est bien. Et aussi : "Je n'en reviens pas", c'est bien. Oui : plutôt que "rentrer dedans", voilà ce que devrait vivre un spectateur du vingt-et-unième siècle : ne pas en revenir, du spectacle auquel il vient d'assister.
En fait, on ne devrait jamais "en revenir", du théâtre. Et sans doute qu'un spectateur qui se plaint de "(ne) pas être rentré dedans", c'est juste un spectateur revenu de tout. Bonjour Tristesse...

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dimanche 4 décembre 2011

Des petites Oresties


Quelques points de vue de collégiens et lycéens sur ma pièce Une petite Orestie (Lansman éd)...

Les collégiens de l'option théâtre du collège Alphonse Allais de Honfleur (14), enseignés par Lorena Felei, et qui montent la pièce au printemps 2012, en sont au stade de la préparation et des répétitions.

Voici quelques maquettes de scénographie, où l'on reconnaît la tombe d'Agamemnon, le tapis rouge et le trône de Clytemnestre, un bateau, une baignoire...

Tous ont cherché à résoudre la question des espaces multiples, alternant entre scènes d'intérieur et scènes d'extérieur :

L'un des groupes a songé à signifier une porte d'enceinte, pour d'autres la tour de guet prend beaucoup d'importance.

Pour d'autres enfin, l'accent semble mis sur les scènes d'intérieur, que ce soit celles organisées autour de Clytemnestre ou celles autour de Strophios (table pour prendre le thé, fleurs, fenêtre).

Certains espaces scéniques sont très remplis, car tous les espaces de la pièce y cohabitent.

Pour d'autres, il semble convenu de changer d'espaces : ainsi les élements liés à l'eau (mer des premières scènes pour le retour d'Agamemnon et mer de Phocide) peuvent-ils se jouer dans la même zone du plateau, etc...

Mais chut : work in progress ! Davantage de nouvelles fin mai prochain, à la création... > cliquer ici pour voir la réalisation

En attendant, voici quelques albums photos d'autres ateliers théâtre ayant travaillé sur la pièce. Il s'agit, pour la plupart, de lycéens de Wallonie ayant imaginé la création de la pièce dans le cadre du festival organisé par Promotion-Théâtre et les éditions Lansman depuis 2010 :

Cliquer ici pour voir l'un des albums, ou bien ici, ou encore  pour en voir d'autres.

Enfin, un petit aperçu d'un atelier de théâtre en Catalogne :



Bravo, enfin, aux lycéens de Gaston Monnerville à Kourou en Guyane, aux troupes amateures du Vaucluse, du Nord et d'ailleurs qui, depuis la publication du texte en 2010, prennent le pari de jouer cette "Orestie-express" !

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